Comment passer de la matière naturelle Bambou au matériau de construction, et le proposer au marché réunionnais?
La ressource de bambou à l’île de La Réunion est parfois densément regroupée. C’est le cas par exemple du Brulé, sur les hauteurs de Saint-Denis, c’est un vaste territoire, riche en matières biosourcées : calumet, le bambou mulitplex, cryptoméria, eucalyptus, thé, longose, goyaviers…
Historiquement, le Brûlé, d’où son nom, est le territoire qui exploita le bois des hauts en bois énergie et charbon pour approvisionner la capitale Saint-Denis. C’était aussi un territoire de biodiversité, aujourd’hui en péril, du fait d’une prolifération significative d’espèces envahissantes, comme le raisin marron, la Longose, et d’autres, ainsi que de pratiques de braconnage, qui au fil des décennies, ont impacté fortement la faune et la flore sauvage de ces hauts lieux.
Le cas du Calumet, Nastus Borbonicus, seul bambou endémique, de climat tempéré des grands hauts de l’île de La Réunion illustre tristement cela. Il a été longtemps travaillé et tressé par les artisans pour fabriquer du lambris, notamment. Aujourd’hui, la ressource de Calumet est en voie d’extinction, du fait de sa surexploitation passée, et d’une agression sévère des envahissants, tel que la Longose. Un lambeau de cette forêt remarquable existe encore sur le sentier de la Roche-écrite, écrin probable d’une espèce d’oiseau en voie de disparition elle aussi, le Tuit-tuit, dont on peut apercevoir les derniers représentants parmi les derniers calumets. Le calumet lutte vaillamment contre les envahissants, sans succès, et au fil des dernières années cette ressource abondante disparaît. Et tout l’écosystème de faune qui l’accompagne avec. Lutter contre la prolifération de la Longose, en la récoltant et en la transformant a été étudiée à La Réunion à plusieurs reprises. Outre le fait de créer une ressource matière exploitable économique et utile, amidon, huile essentielle, fleurs de décoration, BRF… et des emplois, cela permettrait la restauration de la biodiversité et notamment de la forêt de Calumet de la Roche-écrite. Les Tuit-tuit seraient ravis. Le calumet aussi. Les bamboo(wo)men aussi.
Le bambou Multiplex est, lui, une ressource considérable sur le Brulé. Il pourrait faire l’objet d’une exploitation raisonnée afin de produire différents types de matériaux de bambou, pour l’artisanat et la construction.
Dimension économique, itinéraire potentiel de valorisation et débouchés

L’itinéraire technique de valorisation du bambou du Brûlé est simple. Une équipe de bûcheronnage et de préparation des bambous pourrait être constituée de quatre à six bûcherons, dotés des équipements de protection individuelle nécessaires.Le matériel requis comprendrait :
- deux tronçonneuses sur batterie (lame de 35 cm) avec chaînes et pièces de rechange ;
- un véhicule 4×4 équipé d’un treuil et attelé à une remorque adaptée au transport des cannes ;
- six machettes et un équipement d’affûtage ;
- un petit camion avec remorque pour le transport de l’équipe et du matériel.
Ce camion pourrait être attelé à un broyeur de forte puissance, destiné à produire un broyat de bambou. Ce broyat pourrait être réutilisé au pied des touffes de bambous, conditionné pour les agriculteurs de Saint-Denis, ou encore acheminé vers le site de Bois Rouge pour séchage et valorisation énergétique.
L’équipe de bûcheronnage disposerait également d’un site de stockage et d’accueil du bambou au Brûlé. Ce site permettrait de fendre les gros bambous en lattes brutes, directement commercialisables ou expédiées vers une unité industrielle de standardisation, telle que la société Fibres Industrie. En complément, la ressource pourrait être valorisée localement sous la forme de produits multiplex à base de micro-lattes de bambou :
- fabrication de slats ou fines lames destinées à l’ameublement ou au revêtement ;
- conception de panneaux tressés pour la décoration, l’aménagement intérieur ou les structures légères ;
- développement d’un artisanat du bambou favorisant la création locale (mobilier, objets d’art, éléments architecturaux).
Une exploration des débouchés possibles, tant pour le marché réunionnais que pour l’export doit être évalué. Ces pistes ouvrent la voie à une économie circulaire du bambou, associant valorisation des ressources naturelles, savoir-faire local et innovation artisanale et industrielle, revivifier le quartier du Brûlé.
Dimension écologique et préservation de la biodiversité
L’exploitation rationnelle de la ressource bambou Multiplex au Brûlé peut être un atout également pour la valorisation et la préservation de la biodiversité du Brûlé et de ses alentours : travailler à la restauration de la forêt de calumet, notamment le long du sentier de la Roche écrite, où la Longose envahissante emprisonne et étouffe le calumet, bambou endémique et emblématique de La Réunion. La restauration et la gestion raisonnée de cette forêt de calumets, qui constitue l’un des derniers massifs de ce type encore existants, participeraient activement à la protection de l’écosystème du Tuit-Tuit (l’oiseau endémique du massif), tout en valorisant un patrimoine naturel unique.
Site d’implantation pour disposer d’une base opérationnel, un centre de transformation de la matière
Le site de l’ONF du Brûlé, accueillant actuellement un édifice à l’abandon, propriété du Département, pourrait avantageusement être réhabilité et réaffecté pour devenir la base d’un centre de transformation des matières biosourcées issues du bambou et d’autres ressources végétales locales.
Ce centre de valorisation du Brûlé pourrait :
- accueillir les opérations de préparation, séchage et transformation du bambou et d’autre matières biosourcées;
- servir de plateforme de démonstration et de formation pour les artisans, techniciens et jeunes porteurs de projet ;
- approvisionner le marché dionysien et réunionnais en matériaux écologiques, panneaux tressés, micro-lattes et objets en bambou ;
- devenir un pôle pilote pour la filière réunionnaise du bambou et des matériaux durables.
Une telle reconversion permettrait à la fois de redonner vie à un site public sous-utilisé et d’y ancrer une activité innovante, écologique et créatrice d’emplois locaux, avec une dimension touristique potentielle.
Impulser une dynamique collective et solidaire
Une réunion de travail avait été organisé en 2023 sur le village du Brulé, rassemblant divers acteurs, dont des ACI, le département, la mairie, la CINOR, des habitants du brûlé… Le potentiel en matériaux biosourcés avait été examiné et décrit.
Une nouvelle étape pourrait être franchie, qui aurait pour but de rassembler les acteurs concernés — collectivités, associations, entreprises, artisans, agriculteurs, institutions de formation et de recherche — afin de :
- partager les informations techniques et les premières réflexions sur la valorisation du bambou ;
- identifier et mobiliser les moyens et ressources disponibles localement ;
- tracer collectivement un chemin de travail structuré, sous l’égide de la mairie du Brûlé, commune de Saint-Denis.
L’idée serait de poser les bases d’un micro-séminaire sur la valorisation de la ressource bambou au Brûlé avec l’équipe communale, assorti d’une visite de site. Ce serait donc de mobiliser les acteurs intéressés par la mobilisation et la valorisation de la ressource bambou sur le territoire de Saint-Denis, et plus particulièrement sur le secteur du Brûlé. Comprendre et décrire les impacts économique, sociaux et environnementaux positifs, comment passer de la matière naturelle au matériaux, et le proposer au marché réunionnais.
*************************
0 commentaire