Pour aménager le territoire de notre île de La réunion, le préparer aux multiples chocs économiques et climatiques de ce 21ième siècle, organiser la résilience de notre ressource végétale et de matériaux insulaires est essentiel, Il est important que nous comprenions la répartition de la ressource et sa nature, ainsi que sa relation étroite, historique, coopérative et symbiotique avec les Terres réunionnaises, les différents microclimats de l’île, les reliefs, les altitudes, les variétés, leur densité, leurs capacités rhizomiques et systémiques, de même que leur contribution à la pratique ancienne de l’art du bambou, et plus généralement à la Culture réunionnaise au sens large du terme. De même, comprendre le rhizome constitué par les acteurs de la filière permet d’envisager une faisceau d’actions, collectif, solidaire et inclusif.

Dans les temps passés à La Réunion, nombreux ont été les usages du bambou par les réunionnaises, réunionnais, qui ont pratiqué l’art du bambou. Les archives et les témoignages des anciens sont-là qui témoignent, démontrent et attestent de l’usage du bambou, depuis les premiers peuplements de l’île.

Boris Saint-Vincent, naturaliste, décrit en 1806 une ceinture de bambou, le fameux calumet, de son nom savant le Nastus Borbonicus, littéralement « né à Bourbon ». Il le décrit en ces termes : « Le calumet est l’une des plus belles graminées qui existent ; elle appartient au genre du bambou et forme autour de Mascareignes, une ceinture particulière et remarquable, qui n’est interrompue que par le grand brûlé où les laves ne peuvent pas supporter de végétation vigoureuse. Je regardais cette zone tempérée qui sépare l’inférieur ou torride au supérieur ou froid. Les chasseurs créoles connaissent bien cette ceinture de bambous et se servent souvent pour désigner la hauteur d’un lieu, où ils ont chassé, de sa distance aux calumets. »

Historiquement, ce bambou endémique est naturellement présent tout autours de l’île, en grande quantité. Il fut un support et une ressource importants de l’installation des humain(e)s, colons et peuples mis en servitude, sur l’île, celui-ci a quasiment disparu.

Dès les premiers peuplements de l’île, au 16 et 17ième siècles, l’usage du bambou se développe. L’art du bambou à La Réunion est certainement issu de ces grandes vagues migratoires du peuplement de La Réunion.

C’est durant cette période que le Bambou des ravines (Le Bambusa Vulgaris), et le Bambou de Chine (Le Dendrocalamus Asper), auraient été introduits sur l’île, certainement par les Malgaches, et les Africains, et à coup sûr par les Indiens, travailleurs engagés, puis par les Chinois. La ressource se déploie, le long des agricultures, et autours des villages des hauts. Tous les villages de Maronaz décrits dans les archives sont ponctués de plantation de bambou.

L’introduction du végétal au cœur de l’île s’accompagne de l’intégration de la tradition du tressage dans la culture réunionnaise : les Malgaches, les Africains, les Indiens et les Chinois maîtrisent l’art du bambou traditionnel, en construction comme en vannerie, c’est-à-dire l’art de tresser la fibre végétale. S’immisçant dans le quotidien des Réunionnais, le travail de bambou répond à des besoins multiples, en témoigne la variabilité de son utilisation : Les paniers utilisés par « bazardiers » notamment, pour transporter les aliments au marché, jusque dans les années 1930-1940 ; Les salles vertes, constructions éphémères dont la charpente est souvent en bambou. C’est lors d’événement heureux, tel qu’un mariage ou un repas de fête, que l’édifice végétal s’érige quelques heures avant la cérémonie. Son origine reste débattue : héritage des salles de verdure des jardins français du XVIIe siècle ou héritage des traditions indienne ou chinoise, …

Toute la famille est occupée à faire des nattes et paniers de bambou, Leloir, Maurice, Huyot, Jules-Jean-Marie- Joseph, 1920….

Au tournant des années 1960-1970, l’arrivée de la société de consommation, symbolisée par le plastique et les prix bas, a sonné le déclin de cet artisanat végétal et local, face à l’écrasante concurrence des produits importés. La perte du savoir-faire s’accompagne d’un retour à l’état sauvage de la ressource bambou.

Pourtant, le Bambou est partout dans le paysage réunionnais, que nous tournions nos yeux sur l’île le long des Ravines depuis les bas jusque dans les grands hauts, sur les bords des champs agricoles, parfois on grappe sur les grandes hauteurs de l’île et partout sur les villages des hauts, comme à la Plaine des Palmistes, à Bé Mahot (Hell-bourg), au Brulé, à la Montagne.

On le retrouve aussi dans les cirques et dans les endroits les plus reculés. Sur des îlets abandonnés, on constate la présence de bambou, des Multiplex, de Giganteus et de Bambusa Vulgaris. La superposition des cartes du royaume des Maron avec la localisation des bambous révèle un usage probable, quasi certain, du Bambou par les villages de Maronaz, dans les temps de l’esclavage et de la colonie réunionnaise. Il y a une étroite imbrication du Bambou et de l’humain dans la culture réunionnaise. Tous les Gramounes de La Réunion aujourd’hui en témoignent. Cette mémoire des anciens et des Zarboutan encore vivante est précieuse.

Aujourd’hui, le bambou est utilisé couramment de façon informelle, à de nombreux usages. Les agriculteurs, l’utilisent pour des usages multiples, les pêcheurs, les particuliers … Aux bordures des champs agricoles, le long des ravines, il est une ressource-matière accessible et simple à utiliser et avec des fonctions écologiques et systémiques reconnues, comme améliorer la qualité des terres et la tenue et la rétention des eaux. Ils constituent aussi un puits de carbone remarquable.

La ressource. Quantifié formellement en 2023 par la SPL Horizon, Le bambou, hors du Parc National et hors ZNIEEF, sur les territoires agricoles et urbains, accessible à l’exploitation, recouvre environ 277 hectares, dont 29 (10%) dans le domaine public et 248 (90%) dans le domaine privé (individuel ou personne morale) avec des peuplements couvrants des surfaces très variables mais principalement entre 100 et 500m².

La ressource disponible est donc considérable. L’accroissement de cette ressource par une sylviculture raisonnée, consistant à utiliser les surfaces délaissées des espaces agricoles peut amener à une économie florissante du bambou, ainsi qu’à une forme d’autonomie en bois de ressource pouvant alimenter une industrie de transformation locale, pour le marché local et à l’export.

Ces bambous ne sont pas invasifs, ils ne sont pas traçants, donc il aisé de les entretenir, et de les exploiter. La ressource est significative et sur un prélèvement raisonné de trois à cinq cannes par touffes sur les pourtours des milieux agricoles, (La production annuelle d’une touffe de bambou est de dix à quinze cannes), il est alors envisageable de soutenir la production de matériaux de construction, de pousses de bambou, et de bambou énergie pour la consommation électrique de l’île en substitution aux pellettes de bois importés, et matériaux de construction. Cette ressource exploitée permet aussi un entretien de bord des champs qui optimise les franges et en même temps, consolide les terres, renforce leur résistance à l’érosion, la captation carbone, la captation d’eau, amélioration de la nature des terres…etc. Les agriculteurs sont au premier de cette récolte saisonnière. Ils disposent des engins et des équipes.

C’est une chaîne technique simple, annuelle, récolte en hiver des cannes matures dans la touffe, la main-d’œuvre doit être qualifié en bûcheronnage de bambou, un métier engagé qui mérite d’être bien payé. Les agriculteurs sont potentiellement ceux qui peuvent organiser la récolte annuelle, qui alors constitue pour eux une ressource, les vendre à des collecteurs qui ensuit transforme la matière en matériaux sur des sites artisanaux, semi industriel, ou industriel. La sylviculture de bambou est rentable, et encore plus si l’on considère les puits de carbone constitués par cette exploitation, il est alors possible d’envisager la performance écologique, systémique et sociétale globale de cette ressource pour notre île et pour les réunionnais.

Le Bambusa Vulgaris, cartographié, est une ressource majeure de notre île qu’il nous appartient de préserver et de valoriser de façon régulée et renouvelable, mais d’autres espèces de bambous sont présentes sur l’île, comme le Dendrocalamus Giganteus.

On le retrouve de façon significative dans l’Est et en particulier sur le territoire des hauts de Salazie à Hell Bourg, les peuples du Maronaz, qui ont assumé de reprendre leur liberté d’humain(e)s, les colons, les forestiers, les paysans qui ont fait Salazie et Bé Mahot (ancien nom d’Hell Bourg), l’ont planté et utilisé de tout temps. Il est une ressource majeure de matériaux, remarquable par ses usages multiples, et très présente dans le paysage. Ce Bambou est le plus grand du monde. Il constitue une ressource exceptionnelle et majeure de notre territoire insulaire. Pendant très longtemps, il fut exploité à de nombreuses fin et tous les Gramouns et Zarboutan encore vivant aujourd’hui, témoignent de l’ampleur de l’usage de cette matière, et puis de la disparition progressive de l’usage en tant que matériau. Quelques centaines de bouquet de Giganteus existent dans Salazie. La possibilité d’un prélèvement raisonné de quelques cannes chaque année qui contribue à l’entretien des touffes et au renouvellement. En fait récolter quelques cannes par an sur une touffe, contribue à la conservation et à la santé de celle-ci, et au renouvellement de la captation carbone.

Par essence une graminée, la canne de bambou naît de son rhizome, subtil système coopératif, sous forme d’une pousse de bambou délicieuse, potentiellement super aliment si elle est récoltée. Ou alors elle grandit, devient mature vers cinq à sept ans, puis commence à vieillir. Entre la 10ième et 15ième année, elle va sécher et retomber dans la touffe dont le rhizome est la force, pour la nourrir à nouveau. La ressource est naturellement renouvelable. 7 à 10 cannes nouvelles sont produites chaque année par la touffe, chiffre variable selon le microclimat.

La ressource est parfois densément regroupé. C’est le cas par exemple du Brulé, sur les hauteurs de Saint-Denis, c’est un vaste territoire, riche en matières biosourcées : calumet, le bambou mulitplex, cryptoméria, eucalyptus, thé, longose, goyaviers… Historiquement, le Brûlé, d’où son nom, est le territoire qui exploita le bois des hauts en bois énergie et charbon pour approvisionner la capitale Saint-Denis. C’était aussi un territoire de biodiversité, aujourd’hui en grand péril, du fait d’une prolifération significative d’espèces envahissantes, comme le raisin marron, la Longose, et d’autres, ainsi que de pratiques de braconnage, qui au fil des décennies, ont impacté fortement la faune et la flore sauvage de ces hauts lieux.

Le cas du Calumet, Nastus Borbonicus, seul bambou endémique, de climat tempéré des grands hauts de l’île de La Réunion illustre tristement cela. Il a été longtemps travaillé et tressé par les artisans pour fabriquer du lambris, notamment. Aujourd’hui, la ressource de Calumet est en voie d’extinction, du fait de sa surexploitation passée, et d’une agression sévère des envahissants, tel que la Longose. Un lambeau de cette forêt remarquable existe encore sur le sentier de la Roche-écrite, écrin probable d’une espèce d’oiseau en voie de disparition elle aussi, le Tuit-tuit, dont on peut apercevoir les derniers représentants parmi les derniers calumets. Le calumet lutte vaillamment contre les envahissants, sans succès, et au fil des dernières années cette ressource abondante disparaît. Et tout l’écosystème de faune qui l’accompagne avec. Lutter contre la prolifération de la Longose, en la récoltant et en la transformant a été étudiée à La Réunion à plusieurs reprises. Outre le fait de créer une ressource matière exploitable économique et utile, amidon, huile essentielle, fleurs de décoration, BRF… et des emplois, cela permettrait la restauration de la biodiversité et notamment de la forêt de Calumet de la Roche-écrite. Les Tuit-tuit seraient ravis. Le calumet aussi. Les bamboo(wo)men aussi.

Un autre atout considérable de notre île est La Bambusaie du Guillaume, véritable trésor patrimonial national, avec plus d’une centaine d’espèces de bambou. Alexandre PERRUSSOT, ingénieur botaniste et créateur, fondateur et gérant, et ses enfants, ont permis ainsi grâce à leur pépinière d’embellir les espaces publics, les agriculteurs et les jardins des particuliers. Cette belle diversité est ainsi répartie maintenant sur l’île. Certaines espèces de bambous présentes à la Bambusaie présentent des qualités constructives exceptionnelles, et elles sont des beautés. Ce sont pour la plupart des bambous tropicaux qui ne trace pas. Dendrocalamus Asper, Bambusa Oldhami, Dendrocalamus strictus, Barbatus, Guadua Angustifolia… des noms qui font rêver tous les bambou(wo)men

La ressource de bambou à La Réunion comporte aussi quelques micro-forêt éparses dans les hauts de l’île, On parle de l’Auréa Phylostachis, bambous traçants et d’origine tempéré. Comment est-il arrivé à La Réunion, aucune information fiable à ce jour. Très beaux Bambou, il est largement utilisé à La Réunion dans nombreuses applications. Ces petites forêts sont très prisées des quartiers dans lesquelles elles s’épanouissent. Les réunionnais viennent prélever de temps en temps quelques cannes pour leurs usages personnels.

 Ainsi donc, le bambou s’inscrit écologiquement, historiquement et culturellement dans notre paysage réunionnais. C’est aussi le cas sur l’île Maurice, et sur Mayotte.

En résumé, en 2026, Le bambou est donc omniprésent sur notre île, mais aujourd’hui en désuétude, méconnu et souvent mal utilisé. La Réunion est une terre de bambou, de bambou-wo-men, de tradition ancienne du bambou et des matériaux naturels. Les bambous tropicaux et tempérés s’épanouissent à La Réunion et s’adaptent à chaque micro climat de l’île. La Réunion est une terre aux qualités exceptionnelles pour cultiver le bambou, parmi les meilleures du monde, dixit Alexandre PERRUSSOT.  La Bambusaie du Guillaume constitue une génétique d’environ 115 espèces de bambous dont les meilleurs bambous du monde pour la construction et l’agroalimentaire.

Et aussi, pousse de bambou, captation carbone et hydrique, restauration des sols et anti-érosion, feuillage à usages multiples, bambou énergie, artisanat… ameublement, matériaux composites, fibre, panier, textiles, construction, paysage… Pourquoi et comment planter et exploiter du bambou de qualité, pour la construction et pour l’agroalimentaire, à La Réunion et sur nos îles, en agroforesterie ? Quels types de bambou non traçants, quels usages, quelles fonctions, quelles altitudes, quelle saison, comment récolter et choisir les cannes ? Comment cultiver et préparer le bambou pour la consommation, pour l’énergie, pour la construction, pour la restauration des terres dégradées ? Une véritable économie, productive et rentable, pas seulement rentable financièrement, mais aussi écologiquement et sociétalement.

Une étape importante a été franchie en 2021, en coopération avec le CAUE, un plan de filière « Bambou, Ile de La Réunion 2020-2030 ». Les actions suivantes du groupe de travail rassemblé ont été alors identifiées, comme base possible de déploiement de la filière :

Agriculture et Forêt :  Organiser des contrats de culture en nurserie avec la Bambusaie du Guillaume, Identifier un ensemble de parcelles expérimentales en différents lieux et climats de l’île pour insérer dans le système agricole, sur les délaissés et les friches, des bambous cespiteux non traçants de qualité supérieure pour la construction. Former à la récolte et à la préparation de la matière, pour l’agroalimentaire, pour la construction, pour l’énergie.

Urbanisme et Construction : Ouvrir des cycles de formations, CAUE, CFPPA, lycée agricole, Université, ESIROI, ENSAM, écoles de design, matières bio sourcées et bambou : Caractériser avec les laboratoires les propriétés physiques et mécanique des 7 bambous de construction identifiés comme de qualités majeures disponibles sur notre île. Programmer des workshops de différents types d’ouvrages, caractériser leurs performances mécaniques, Serres agricoles, Pare-soleil, Varangue, « tiny » house, écolodge, mezzanine, Meubles … Ouvrir une ligne de fabrication de lattes de bambou standardisée et bambou recomposé avec l’industrie réunionnaise, marché local et exportation …

Energie et Puits de carbone : Mettre en œuvre une série de sites de sylviculture et récolte de notre bambou des ravines, à différentes altitudes sur des parcelles agricoles, le long des ravines sur les secteurs agricoles. Procéder à des essais de combustion et autre transformation énergétique. Caractériser la ressource de Bambusa Vulgaris annuelle disponible et accessible sur les secteurs urbains et agricoles. Promouvoir l’insertion dans les délaissés agricoles et les andains végétaux de bambous non traçants de qualités agro-construction et énergie. Modéliser la chaîne technique, sociale, économique et écologique de la filière énergie-bambou et de toutes les autres filières. Focaliser les financements Puits de carbone et les compensations d’émission carbone des acteurs réunionnais pour le territoire réunionnais pour les plantations.

***

Cinq ans ont passé. Où en est-on en 2026, quels acteurs s’y intéressent, quelles perspectives pour la filière, pour notre territoire, pour les réunionnais ? Entre 2020 et 2026, on assiste à l’émergence d’un intérêt croissant pour le bambou à La Réunion. Plusieurs acteurs structurants contribuent désormais à poser les bases d’une véritable filière.

Des acteurs patrimoniaux et historiques  sont là :

  • Les ZARBOUTAN du bambou, aujourd’hui de vénérable Gramounes ont encore l’histoire et le savoir-faire
  • La BAMBUSAIE DU GUILLAUME œuvre depuis plus de 30 ans à la conservation et à la valorisation de plus d’une centaine d’espèces de bambous. Ce conservatoire constitue un trésor patrimonial d’envergure nationale. Le savoir-faire porté par Alexandre Perrussot et ses enfants est remarquable et représente un socle fondamental pour le développement de la filière.

Une vision structurée émerge et la pratique de l’art se déploie concrètement :

  • En 2018, Thibaut FUNG, jeune architecte réunionnais visionnaire, propose dans son projet de fin d’études une première vision globale de la filière bambou sur l’île. Depuis, devenu architecte et artisan “Bambooman”, il coopère régulièrement avec les acteurs engagés et participe activement à la structuration du secteur, y compris à l’export (Île Maurice et Mayotte). Il a conçu et construit de ses propres mains de nombreux ouvrages remarquables en structure bambou avec nombre d’acteurs.
  • La société BAMBOONEEM.RE, entreprise familiale, père, neveux et filles, créée en 2018, lance une marque artisanale (BAMBOODECK&PERGOLA) et explore principalement les ouvrages structurels : kiosques, pergolas, varangues, serres agricoles, aménagements intérieurs et mobilier. Environ 60 ouvrages de structures légères ont été réalisés, principalement avec des particuliers, amoureux du bambou. En 2020, l’entreprise devient OF, Organisme de Formation. Ses chantiers écoles portent notamment sur la mise au point de structures bambou résistantes aux vents cycloniques.

La formation et l’enseignement supérieur s’impliquent

  • L’ÉCOLE D’ARCHITECTURE DE LA RéUNION organise depuis cinq années consécutives des workshops consacrés au bambou, mobilisant l’ensemble des étudiants architectes sur une semaine intensive. La montée en compétence annuelle des élèves constitue un atout stratégique pour l’avenir de la filière.
  • L’UNIVERSITE DE LA REUNION, à travers l’école d’ingénieurs ESIROI, mène régulièrement des travaux de caractérisation mécanique du Bambusa vulgaris et développe des recherches sur les structures en bambou en coopération avec les acteurs professionnels.
  • Les grands absents encore à mobiliser sont les lycées, les CFPPA, la chambre des métiers …

Les acteurs de l’insertion et du développement durable agissent :

  • L’association ADESIR, ACI basée à Sainte-Marie, travaille le bambou depuis plusieurs années. Elle dispose d’un atelier, d’une équipe formée et d’un savoir-faire opérationnel d’excellence.
  • L’association ECHOBAT, réseau d’entreprises, tel que FIBRES INDUSTRIE, PERMAKILTIR RéUNION, La BAMBUSAIE DU GUILLAUME et d’autres, engagées dans la construction durable à La Réunion, a constitué un consortium financé par le TO et l’ADEME pour conduire en 2025-2026 une étude de faisabilité sur le déploiement de la filière, de même que des essai de plantations et des essais de transformation matière.
  • La société coopérative ALVEOLES, fondée en 2024, explore le matériau de façon pragmatique : financement de workshops avec l’école d’architecture de La Réunion, la création de lignes de mobilier bois et bambou destinées à tester le marché réunionnais.
  • Il ya aussi bien sur les BAMBOUTIERS de métropole, dont certains sont très impliqués dans diférentes actions, à La Réunion et à Mayotte.

L’Intérêt institutionnel est naissant et encore très timide :

  • La CINOR et la Ville de Saint-Denis ont mandaté en 2025 le pôle de compétitivité QUALITROPICpour étudier la préfiguration de l’atelier de transformation agroalimentaire sur le quartier du Brûlé, dans les Hauts de Saint-Denis.
  • Les grandes absentes de cette dynamique restent une majorité des collectivités territoriales : la filière bambou n’est pas encore portée de manière structurée au niveau politique à La Réunion.
  • La DAF, le CIRAD, la Chambre d’Agriculture, et d’autres acteurs agricoles ont idéntifié le potentel de cette matière depuis longtemps. A suivre.

Le rayonnement régional sur Maurice et Mayotte est réel :

Le savoir-faire réunionnais commence à rayonner dans l’océan Indien. À Mayotte, la dynamique est particulièrement forte.

  • Des formations et chantiers-écoles sont conduits depuis 2022 à Maurice et à Mayotte par Thibaut FUNG et BAMBOONEEM.RE
  • Les associations BAM et LICOLI DAGO assurent la promotion du matériau et la conduite de réalisation
  • L’entreprise LILO BAMBOU, créée il y a quatre ans, amorce la récolte et le traitement du bambou mahorais pour le marché local.
  • L’entreprise AGRIKAGNA, construit des farés agricoles en bambou.
  • Les Architectes mahorais et réunionnais s’intéressent de près à son intégration dans le design et la construction. L’Agence de Sandra Mesa, ENDEMIK MAYOTTE, a organisé la construction en chantier écolde 4 farés Bambou sur le lycée de Tani Malandi, et pilote l’ATEx des facades du lycée en réhabilitation.
  • Le Rectorat de Mayotte a récemment obtenu une ATEx positive pour la réalisation de parements de façade au Lycée Tani Malandi.
  • Les acteurs institutionnels de la reconstruction de Mayotte après Chido considère sérieusement cette matière.

Last but not least, le rôle clé des citoyens dans l’émergence du marché et il opère :

Ce sont eux, les CITOYENS et les MAITRES D’OUVRAGES, qui manifestent un intérêt croissant pour les matériaux biosourcés. Ils constituent les moteurs finaux de la filière par leurs choix de consommation et leurs attentes en matière d’écoconstruction.

On peut citer par exemple le FRAC, Fond Régional d’art contemporain de La Réunion qui a construit une salle verte de 100m² pour accueillir le festival Magic KWIR Festival en 2024

Ou encore le DINA MORGABINE, qui sur son hôtel de Saint-Gilles, a déployé diverses structures en bambou, Abris vélos, Varangues sur container, Spa, Bar et Restaurant évènementiel.

Et aussi, l’association OU GAG’N, dont le sentier pédagogique à Bois Rouge offre une expérience immersive au sein de la nature, ponctué de structures en bambou issues des Workshop de l’ECOLE d’ARCHITECTURE DE LA RéUNION.

Ces initiatives et ces acteurs, listes non exhaustives, illustrent l’intérêt croissant suscité par le bambou sur l’île. Malgré cette dynamique, des questions fondamentales demeurent. Comment passer d’une matière naturelle à un matériau prêt à l’emploi, normé, homologué et décrit dans ses qualités structurelles ? Si pas de bambou, pas de bambou. Comment mobiliser conjointement le monde agricole et le monde industriel pour planter, récolter, laver, sécher, traiter et transformer la ressource selon ses différents usages ? Mais plus largement, comment créer une vision partagée, inclusive, solidaire, large et politiquement soutenue ?

Qui peut alors mobiliser et rassembler en séminaire et faire se dialoguer l’ensemble des acteurs — zarboutans, citoyens, poètes, bamboo lovers, pépiniéristes, agriculteurs, architectes, chercheurs, artisans, industriels, associations et collectivités — dans un esprit d’échange ouvert et collaboratif afin de construire une vision commune dynamique et un faisceau d’actions mesurables pour le déploiement opérationnel de la filière à l’échelle de l’île et de l’océan Indien ?

La dynamique est réelle, elle peut croître en une économie prospère  et solidaire, dans l’esprit du rhizome, inclusif, solidaire, et open source qui caractérise cette graminée magique, avec des appuis Politiques ad’hoc, et dans un cadre d’aménagement du territoire régional pour la résilience écologique et culturelle de notre île.

IN BAMBOO AND LOVE WE TRUST

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